Menu Content/Inhalt
Accueil Développement durable Le tourisme écologique est crucial pour la survie de la culture et de l'environnement du Tibet
Bannière
Le tourisme écologique est crucial pour la survie de la culture et de l'environnement du Tibet PDF Imprimer Envoyer
Articles - Développement durable

Avec l'explosion du tourisme au Tibet et le développement rapide des infrastructures touristiques, le "toit du monde" est de plus en plus un "must" pour les visiteurs du monde entier.

Les statistiques du Bureau du Tourisme de Lhassa montrent que la capitale tibétaine a reçu 1,06 million de touristes en 2005 (Tibetan Review, mai 2006) et la Région Autonome du Tibet (RAT) 1,2 million de touristes en 2004 (Tibet Statistical Yearbook 2005 ("Annuaire statistique du Tibet")). Les régions du Tibet en dehors de la RAT ont également reçu la visite de touristes étrangers. Une estimation prévoit qu'en 2010 il y aura 5,28 millions de touristes chaque année en RAT (China Tibet Information Centre ("Centre d'Information Chine Tibet")).

Le Tibet attire les touristes grâce à sa culture fascinante et à ses paysages impressionnants. Les touristes désirent découvrir la culture tibétaine, avoir des contacts avec la population tibétaine, et faire l'expérience du mode de vie tibétain. Cette fascination a autant d'aspects positifs que négatifs sur la culture et l'environnement du Tibet.

Les Tibétains ont vécu isolés du reste du monde pendant des siècles, en harmonie avec la nature et sans introduire aucune forme d'industrialisation. L'exploitation minime des ressources naturelles avant l'occupation chinoise a permis de conserver intacte la beauté des paysages.

Une déforestation rampante et une exploitation illimitée des ressources naturelles durant les quatre dernières décennies ont modifié le paysage tibétain dans beaucoup d'endroits. La République Populaire de Chine (RPC) a montré un grand enthousiasme à "développer" le Tibet (en Chinois "Xizang" ou, littéralement, le "trésor de la maison occidentale") durant les deux dernières décennies et notamment l'industrie du tourisme. Le tourisme a été classé par le gouvernement chinois comme une industrie "pilier" au Tibet car il est source d'importants bénéfices.

La politique de la Chine en faveur du tourisme est visible à travers les grands projets comme le train Gormo-Lhassa et la reconstruction de monastères détruits avant et pendant la Révolution Culturelle. Le train de Gormo à Lhassa -le "sky train" comme l'appellent les Chinois-, inauguré le 1er juillet 2006, est une attraction touristique majeure pour les Chinois. La surmédiatisation du train dans la presse et les médias pousse de nombreux touristes à visiter le pays des neiges. Selon le Ministère des Chemins de Fer, la ligne Gormo-Lhassa a transporté 200 000 passagers dans les deux directions durant les 45 premiers jours d'exploitation (Xinhua 14/8/2006). La nouvelle ligne passe à travers de vastes territoires de prairie et d'éblouissantes montagnes sur lesquels les antilopes tibétaines, les moutons et les yaks paissent librement. En plus, le Palais du Potala, à 20 kilomètres de la gare de Lhassa, ajoute à l'excitation des touristes.

Le Potala, ancien palais d'hiver du Dalaï-Lama, et site classé Héritage Mondial depuis 1994, a été restauré avec beaucoup de soin ces dernières années, tout comme le Norbu Lingka, le Jokhang et le monastère de Sakya. Les touristes qui visitent ces sites historiques peuvent avoir un aperçu de l'histoire et de la culture du Tibet.

Les visiteurs ont envie de comprendre la culture tibétaine quand ils rencontrent des Tibétains sur leurs propres terres, reflets de tous les aspects de leur vie. Les paysages tibétains uniques, l'Himalaya enchanteur, le mont Kailash sacré, les nombreux lacs mystérieux aux différentes légendes et de nombreuses autres attractions époustouflantes laissent aux touristes une expérience inoubliable pour le restant de leur vie.

Le tourisme au Tibet n'est pas à l'unique avantage des touristes. Il est également une source de revenus pour la région et permet aux Tibétains de partager leur culture et leur religion avec des personnes du monde entier. Les Tibétains sont à présent employés comme guides, cuisiniers, personnels de chambre, chauffeurs et serveurs dans l'industrie du tourisme. Le potentiel d'emploi pour les Tibétains dans cette industrie est encore plus vaste. Il y aura de nombreuses opportunités d'emploi pour les Tibétains si la culture tibétaine, les paysages et les sites sacrés sont vraiment considérés comme les attractions touristiques principales. Les Tibétains sont en effet les seuls à pouvoir interpréter et présenter le Tibet, non comme un spectacle superficiel et exotique mais comme une rencontre culturelle riche qui comblera le besoin d'expérience authentique des visiteurs.

A côté des opportunités que le tourisme offre au Tibet, il y a aussi apparition de comportements destructeurs pour l'environnement et la culture lorsqu'il n'est pas bien géré. L'impact environnemental qui résulte du développement du tourisme se traduit par le trafic congestionné, la pollution, la dégradation des pistes, l'accumulation des déchets et la contamination de l'eau, des sols d'altitude et des glaciers.

Les dommages écologiques aggravés par le tourisme au Tibet sont bien illustrés par une touriste allemande qui a visité les sources chaudes sacrées de Terdrom à Meldro Gungkar, à 150 kilomètres à l'est de Lhassa. Les Tibétains considèrent ces sites comme sacrés car la légende dit que Guru Padmasambhava en est à l'origine. Cette touriste écrit : "Les sources de Terdrom étaient vraiment polluées par des ordures et un système sanitaire déficient lorsque je les ai visitées au printemps 2006. La rivière qui coule juste à côté des sources est polluée avec des matières plastiques, des roues de voitures et beaucoup d'autres ordures. Les toilettes des dames étaient pleines et les excréments coulaient à l'extérieur en direction du bassin des sources... J'ai été réellement choquée par la quantité de saletés là-bas, alors que les environs sont si beaux...".

Même le train très médiatisé et acclamé comme favorisant le tourisme dans la région a des impacts négatifs sur l'écologie. Par exemple, la nouvelle voie de chemin de fer s'avère être un obstacle aux habitudes migratoires des animaux sauvages. Même si des passages sous la voie ont été construits pour les animaux, les yaks continuent de passer sur la voie, risquant de provoquer des accidents. C'est une ironie que des passages construits spécialement pour sauver la vie des animaux soient la cause de leur mort. Selon l'article récent de Tenzin Tsundue, publié en ligne sur www.himalmag.com/2006/september, des nomades de Nagchu, Damxung et Yangpachen ont rapporté la mort en masse d'animaux sous ces passages. Les espaces entre les piliers supportant ces passages sont trop petits. Les moutons, yaks, chiru (l'antilope tibétaine) et kyang (âne sauvage) paissent en effet en immenses troupeaux dans ces régions. Quand les animaux se ruent vers les piliers, des mouvements de paniques ont lieu, tuant des masses d'animaux, spécialement les plus jeunes et les plus faibles.

De la même manière, s'il est mal géré, le tourisme peut être une menace pour la culture tibétaine. Les dommages culturels incluent une perte d'identité, des changements dans les modes de vie, une "authenticité" feinte pour montrer "d'authentiques répliques" de la vie tibétaine, le risque de montrer des pseudo-communautés comme authentiquement tibétaines et la mauvaise gestion des sites culturels. Par exemple, plus d'ouvriers chinois ont été employés à la rénovation du Potala que de Tibétains, familiers de l'architecture et de la conception du bâtiment. Cela mécontenta les Tibétains exclus des travaux de restauration du Palais, spirituellement sacré pour eux. Il est clair, d'après ce que dit Mathew Akester, membre fondateur de "Tibet Heritage Fund" ("Fond de l'héritage du Tibet"), que la restauration tend en général à "muséifier". Citant le Tibet comme exemple, il dit que tout ce qui est restauré n'est pas nécessairement en rapport avec la vie sociale et les évenements locaux. Les temples sont restaurés afin de pouvoir être vendus comme attractions touristiques. Dans sa conférence de presse du 21 septembre 2006, Trondup Wangden, sous-directeur de la State Minority Affairs Commission ("Commission Nationale aux Affaires des Minorités), dit que la Chine a dépensé 53 millions de Yuan (6,625 millions de dollars américains) et 1000 kilogrammes d'or pour restaurer le Potala. Si les autorités chinoises avaient, en plus de telles dépenses, utilisé du matériel et des compétences traditionnels pour restaurer ce qui est indubitablement le monument historique et religieux le plus important du Tibet, cela aurait donné non seulement des opportunités d'emplois aux Tibétains locaux mais aurait aussi permis de conserver les aspects culturels, artistiques et architecturaux authentiques du Palais tibétain.

Cependant les Tibétains sont incapables de rivaliser avec les Chinois dans l'industrie du tourisme, à cause d'un manque d'opportunités pour apprendre l'anglais et pour acquérir une formation comme guide ou commerçant. Ce sont principalement des non-Tibétains qui récoltent les emplois générés par le tourisme, que ce soit pour un emploi de guide ou un petit commerce pour touristes. Qui plus est, durant la saison touristique, des guides sont envoyés de Chine pour occuper les postes au Tibet suivant le programme "Guides from Inland to Aid Tibet" ("des guides de l'intérieur pour aider le Tibet") : par exemple, 70 nouveaux guides furent envoyés en 2006 (TR, mai 2006). En fait, les guides Tibétains qui ont appris l'anglais en Inde sont confrontés à des difficultés pour garder leur poste. Ils font souvent l'objet de discriminations à cause du fait qu'ils pourraient donner une version de l'histoire tibétaine quelque peu différente de la version officielle chinoise (TCHRD 2003; Saunders 2003). Si les autorités chinoises ne font pas confiance aux Tibétains qui ont appris l'anglais en Inde, elles devraient investir dans l'enseignement de l'anglais aux Tibétains au Tibet, mais cela n'a pas été fait pour le moment. L'accès à l'anglais est vu comme l'accès à la modernité, et ceci n'est possible que dans des grandes villes en dehors du Tibet.

Les Tibétains ne font pas seulement l'objet de discriminations à l'emploi mais sont aussi laissés de côté dans les prises de décisions.
En février dernier, la China's State Environmental Protection Agency (SEPA) ("Agence Nationale Chinoise pour la Protection de l'Environnement") a publié des instructions concernant la participation aux prises de décisions. Malgré cette proclamation, les Tibétains sont très rarement impliqués, avec pour conséquence le fait qu'ils ne peuvent pas pérenniser leur mode de vie traditionnel. Les nomades de l'ouest du Tibet sont souvent confrontés à la mise en place de clôtures sur leurs prairies afin de les transformer en réserves naturelles pour attirer le tourisme. Des mesures appropriées devraient être appliquées pour protéger l'environnement et la culture de cette région des impacts négatifs du tourisme. .

Depuis quelques décennies, d'autres formes ou niches de tourisme sont devenues plus populaires, dont l'écotourisme, un tourisme durable, avec des retombées minimes sur l'environnement. L'écotourisme est aussi considéré comme étant une alternative non agressive à la gestion des ressources naturelles, comme les activités minières, la chasse, etc... C'est seulement lorsque la population locale y participe et en tire assez de bénéfices que l'écotourisme peut se substituer au moins partiellement à ces gestions agressives des ressources naturelles. Par exemple, Zitsa de gu (Cg: Jiuzhaigou) Biosphere Reserve (JBR) ("Réserve de biosphère de Zitsa de gu") dans la province du Sichuan, emploie des résidents locaux et leur donne l'opportunité de gérer des services comme le trekking à cheval, le commerce d'artisanat et de souvenirs, les représentations de folklore, et la gestion d'hôtel dans l'industrie touristique locale. Le cas pratique de la JBR montre que presque tous les résidents de la zone ont profité des bénéfices de cet écotourisme, suggérant que ce projet a remplacé avec succès l'agriculture et la chasse, les moyens d'existence traditionnels pour les locaux.

Le tourisme rural, comme niche du tourisme, devrait être pratiqué au Tibet car 80% des Tibétains vivent dans des zones rurales. Il existe une menace permanente d'exode pour cause de recherche d'emploi. La seule façon d'arrêter cette migration serait de développer un tourisme dans les régions rurales où le mode de vie tibétain traditionnel est mieux préservé et le paysage vierge. Cela pourrait aussi sortir les touristes des sites bondés et réduire ainsi le tourisme de masse mis en place par certaines agences commerciales. Les bénéfices pour les pauvres ou ceux qui habitent en zone rurale dépendent de si (et comment) ils peuvent participer économiquement à cette industrie. Le potentiel de participation est supérieur si les pauvres ont accès à une forme dynamique et flexible de capital social. Par exemple, à Bali, en Indonésie, la plupart des restaurants sont gérés soit par des familles ou des Sekaha - associations de volontaires avec des principes clairs de division du travail et des profits. Ce système est aussi utilisé pour des locations de voitures et de vélos, la gestion de minibus et de restaurants.

Comme autre approche, une gestion commune des espaces (visitables), est aussi une bonne solution pour permettre à des personnes, acteurs du tourisme, de participer à la prise des décisions qui les concernent. Cet exemple a fonctionné à Kakadu en Australie en permettant aux Aborigènes de contrôler les espaces ouverts au tourisme, et ainsi de s'occuper de ceux-ci dans le respect de leur tradition. Dans le cas du Tibet, les Tibétains devraient avoir plus de contrôle sur les monastères, les temples, les espaces sacrés pour pouvoir s'en occuper et les préserver. Ils auraient en même temps la liberté de vendre des objets aux touristes ce qui leur permettrait d'augmenter leurs revenus, s'ils le désirent. En même temps, la Chine verrait aussi ses revenus liés au tourisme augmenter.

Le développement du tourisme au Tibet n'est bienvenu que s'il est pratiqué de façon pérenne et s'il profite aux Tibétains. Sinon, le tourisme sera refusé par les Tibétains si, à leurs yeux, il est néfaste à leur terre, à leur environnement ou à eux-mêmes.

Par Chokyi, du Bureau de l'Environnement et du Développement du Ministère de l'Information et des Relations Internationales du Gouvernement Tibétain en Exil.


Source : Tibetan Bulletin Sept-Oct 2006 pp 24-26

 
A lire aussi dans cette rubrique...
English Dutch German Hindi Italian Japanese Spanish

Newsletter


S'abonner
Se désabonner
Bannière

Partenariats

Kashag : Administration tibétaine en exil

Soutenez SolHimal et ses actions

Ce site est compensé carbone à 100%

designed by www.madeyourweb.com