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Le camp de Kollegal-Dhondenling

 

Présentation du camp par Benoît Pasquier, étudiant et membre de SolHimal - Tibet Libre qui a passé 2 mois dans ce camp pendant l'été 1999 .

Le camp de Kollegal-Dhondenling se trouve dans l'état du Karnataka, à environ 200 Km au sud de Bangalore. Il commença à accueillir des réfugiés en 1974 et compte actuellement 5.200 habitants. Depuis la petite ville de Kollegal, il faut environ une heure de route en très mauvais état pour atteindre Dhondenling et voir les premiers drapeaux à prières. Les champs de maïs et les 22 villages s'étalent sur un relief vallonné d'une superficie de 3 000 hectares, autour de la plus grosse colline, Adam Hill, où se trouvent rassemblés la plupart des services de Dhondenling : Ecole CST, Nursery (crèche], Hôpital de médecine générale et de médecine traditionnelle, Monastère Dzogchen, centres d'artisanat, bureau administratif, future maison de retraite...

Une impressionnante et magnifique chaîne de montagnes, les Niligiri Ranges, constituent la limite ouest du camp, recouvertes sur leur moitié inférieure par une forêt dense, et sur leur moitié supérieure par d'immenses pentes herbeuses et quelques falaises vertigineuses. C'est un endroit magnifique, mais dont la position isolée par rapport aux villes les plus proches, comme Kollegal, constitue un inconvénient pour les habitants et les activités du camp.

Un problème crucial : l'alimentation en eau

Actuellement, le plus gros problème du camp de Kollegal-Dhondenling est son approvisionnement en eau. Il se fait grâce à une source située dans les Niligiri rouges, en contrebas de laquelle ont été construits deux barrages sommaires d'où partent les deux conduites qui alimentent tout le camp. Elles sont en très mauvais état, du fait de leur ancienneté, des dégradations causées par les Indiens du village voisin qui les percent, faisant face eux aussi à de gros problèmes d'eau, mais aussi celles causées par les éléphants vivant dans la forêt, qui les prennent pour de vulgaires troncs d'arbres et les arrachent lorsqu'elles gênent leur passage. Enfin, il n'est pas rare non plus que, lorsque la mousson bat son plein et que des trombes d'eau s'abattent sur la région, les parties de conduites traversant le torrent soient emportées par la force du courant. Dans le projet figurera donc l'enfouissement de toutes les conduites, depuis le premier barrage jusqu'en bas de la vallée: une modification de la réserve de ce dernier afin de l'optimiser en saison sèche et une dérivation en direction du village indien, ainsi que la construction d'un réservoir pour son approvisionnement.

A partir de ces deux conduites, l'eau est distribuée aux 22 villages par l'intermédiaire d'autres conduites et de réservoirs, situés sur les points hauts. Mais aujourd'hui certains se sont écroulés, les constructeurs n'ayant pas pris soin, il y a 25 ans, de revêtir l'intérieur avec une couche étanche. L'eau a fini par avoir raison du béton. D'autres risquent de subir le même sort d'ici peu de temps, ce qui constitue un danger potentiel pour les villageois. Enfin, les villages ne possèdent pas assez de robinets. L'idéal serait un pour chaque famille, ce qui est loin d'être le cas actuellement, et ceux qui existent ne sont pas très hermétiques...

Durant la saison sèche, en mars, avril et mai, la source est presque à sec, les réservoirs vides et les seuls points d'eau se résument alors à une ou deux pompes manuelles dans les villages, puisant l'eau dans les réserves souterraines. Mais beaucoup de villages n'en ont pas du tout, d'autres en ont mais l'eau ne vient plus. Une étude géologique a donc été menée dans chaque village pour trouver d'autres points au droit de réserves d'eau souterraines propices à la mise en place de nouvelles pompes manuelles, car actuellement, durant ces 3 mois, les habitants de certains villages sont obligés de parcourir des kilomètres chaque jour pour pouvoir s'approvisionner.

Seul point positif pour les habitants de Dhondenling, l'eau reste de bonne qualité et celle des réserves souterraines l'est encore en général.

L'ECONOMIE

Le centre de tissage de tapis

La fabrique de tapis de Dhondenling fut ouverte en même temps que le camp, en 1975. Jusqu'en 1996 environ, ce centre d'artisanat fonctionnait bien. il était géré par une société caritative de New Delhi spécialisée dans la vente et l'export des différents artisanats tibétains (Charitable Trust Tibetan Handicraft Export) qui était aussi son principal client. Mais depuis, le marché du tapis s'est effondré et la CTHE, ne pouvant plus assumer la gérance, en laissa le soin à la société coopérative de Dhondenling. Aujourd'hui, la CTHE reste toujours le principal client, mais elle a considérablement réduit ses commandes ainsi que ses prix d'achat.

De plus, les bénéfices qu'elle réalise sur les ventes de ces tapis, bien que servant la cause tibétaine, ne profitent pas directement à ce centre d'artisanat, qui est déficitaire depuis plusieurs années, ce que la société coopérative de Dhondenling ne pourra pas éternellement assumer.

De plus, la situation géographique de ce camp demeure un handicap pour ce centre d'artisanat : il ne se trouve ni sur un axe routier important, ni dans une zone touristique et il ne possède pas de grand monastère susceptible d'attirer du monde, alors les clients potentiels, ainsi que les touristes étrangers, se font très rares ici. La fabrique de tapis a aussi d'autres difficultés : durant les mois d'octobre, novembre et décembre, elle est quasiment désertée, les employés partant faire du sweater business dans le Nord, ce qui leur rapporte beaucoup plus d'argent. Alors, bien que la formation de tisserand soit rémunérée 250 roupies indiennes/mois,(FRF 36) par la société coopérative, peu de jeunes sont intéressés (seulement un étudiant en 1999) pour suivre ces 3 mois de formation et en faire leur métier, qui pour l'instant à Dhondenling n'a pas un avenir très prometteur.

Le centre de couture

Le Centre de Couture fonctionne depuis 4 ans et compte actuellement 13 employées à plein temps ainsi que 9 étudiantes. Il est installé dans un petit bâtiment vétusté, ce qui leur convient, hormis quelques réparations et besoins matériels, dont la réfection et l'étanchéité du toit et une machine à coudre zigzag. Le Centre de Couture a deux principales activités : la confection des uniformes pour les 1 050 enfants de l'école et des crèches de Dhondenling. A raison, d'un uniforme par enfant et par an en général, ceci leur procure du travail durant 4 mois. Le tissu est acheté à Mysore ou Bangalore. Le reste de l'année, avec des tissus achetés en Himachal Pradesh ils confectionnent des sacs à dos, des bananes, des trousses, des pochettes... qu'ils renvoient ensuite dans cet Etat d'Himachal Pradesh où ils sont vendus.

La formation des couturiers dure 2 ans et est entièrement gratuite. Après ces 2 années d'apprentissage, les jeunes couturières travaillent à la maison pour des clients particuliers, ou peuvent se faire embaucher au Centre de Couture. Le Centre de Couture fonctionne grâce aux revenus provenant de la vente des uniformes et des autres produits, et reçoit 250 Rps/mois de la CCF (Christian Children Foundation).

L'atelier de mécanique

La principale activité de l'Atelier de Mécanique est la location et la maintenance des 18 tracteurs et de leur équipement pour l'entretien des 2.400 hectares de champ de maïs que compte le camp de Kollegal Dhondenling. L'atelier emploie 6 mécaniciens et 15 conducteurs de tracteur à plein temps et s'occupe aussi de la formation de quelques jeunes désirant apprendre la conduite des tracteurs et la mécanique. Les tracteurs sont loués à tour de rôle aux villageois pour 150 Rps/heure.

L'un des gros problèmes auquels fait face l'atelier de mécanique est son approvisionnement en essence. Là encore, la position géographique du camp de Dhondenling demeure un inconvénient, car tous les 10 jours environ, un tracteur muni d'une grosse citerne est obligé de se rendre à Kollegal pour "faire le plein", avec tous les dangers que ce trajet implique... Une pompe à essence avec citerne enterrée serait bien évidemment plus pratique et rentable, la demande a été faite auprès de l'administration indienne, mais pour des raisons politiques liées à leur situation de réfugiés, les Tibétains ne sont pas autorisés à disposer d'un tel service même uniquement à des fins fonctionnelles et non lucratives...

Les besoins de l'Atelier de Mécanique restent importants : renouvellement de 2 tracteurs, achat d'un tour plus gros pour leur permettre d'usiner des pièces de moteur qu'ils sont actuellement obligés de faire usiner dans les grandes villes de la région.

La fabrique de pâtes tibétaines

Les pâtes fabriquées sont vendues dans les grandes villes de la région, ainsi qu'à Bangalore au magasin d'artisanat tibétain.

L'EDUCATION

La crèche : (Crèche, LKG et UKG Dhondenling)

Le camp de Kollegal-Dhondenling possède trois crèches, l'une dans la partie nord, l'autre dans la partie sud et la troisième sur Adam Hill, afin que les enfants accompagnés de leurs parents n'aient pas à faire trop de kilomètres le matin et le soir. Ces trois crèches regroupent environ 250 enfants en tout, répartis en trois sections : Crèche, et les deux niveaux de maternelle : Low et Upper Kindergarten (LKG, UKG). La crèche est entièrement gratuite, elle est financée par le Fonds Social du camp (Central Social Welfare Board) de Dhondenling. Par contre les parents apportent à tour de rôle de la nourriture et le bois nécessaire à la préparation du repas de midi, pris dans un petit village annexe. Les enfants y apprennent l'alphabet tibétain, l'anglais et le hindi, des prières et chants tibétains et des travaux pratiques.

L'école primaire-collège

La Central School for Tibetan Kollegal-Dhondenling : (CST Dhondenling)

Cette école fut construite en 1975 grâce aux fonds du Canadian Refugees Aid Society et est gérée par le Central Tibetan School Administration de New Delhi, sous le ministère du développement des ressources humaines, département de l'éducation, du gouvernement indien. Elle accueille environ 800 élèves, de la classe l à X. Les cours sont assurés par une quarantaine de professeurs tibétains et indiens, enseignant le tibétain, l'histoire du Tibet et le bouddhisme, l'anglais, l'hindi, l'histoire et la géographie, les sciences et les mathématiques. Les cours débutent à 9h et se terminent à 15h45, du lundi au samedi. Les grandes vacances scolaires débutent le 15 décembre et durent 2 mois. Il y a également 10 jours de vacances fin juin. Compte tenu de la superficie du camp, le ramassage scolaire (gratuit) des enfants habitant les villages les plus excentrés d'Adam Hill est assuré chaque matin par un petit bus jaune plein à craquer. Les écoliers prennent leur repas de midi dans la grande salle polyvalente de l'école. La CST est entièrement gratuite, le repas de midi coûte 3 Rps, dont un repas est pris en charge par le gouvernement indien et les deux autres par la Christian Children's Foundation, qui prend aussi en charge l'achat des livres. Les écoliers se voient attribuer chaque année six cahiers. Il reste à la charge des parents les cahiers supplémentaires ainsi que l'uniforme (un par an en général).

Le centre de formation de menuiserie.

Ce petit centre de formation accueille actuellement 4 étudiants, 2 de Dhondenling et 2 de Mundgod, bénéficiant du programme PADME (voir plus haut) qui semblent très motivés par leur formation. Mais le manque de crédits de ce centre reste un handicap pour son bon fonctionnement et son développement : le bois coûte très cher. l'équipement est réduit au strict minimum. Le programme PADME ne peut financer que la formation des jeunes, le reste (achat d'outils...) revient à la société coopérative, qui n'a pas de budget à leur attribuer.

LA SANTE

L'Hôpital de médecine générale Van Thiel

L'hôpital fut construit en 1974 grâce aux fonds de Netherlands Refugees Aid. Il compte actuellement 14 employés, dont un médecin, une infirmière, une pharmacienne, trois aides soignantes, un technicien de laboratoire et le personnel administratif. Il possède une salle d'accouchement, une salle de consultation, une pharmacie, un laboratoire d'analyses médicales, une salle de vaccination et de pansements, une salle de radiologie, une section homme et une section femme de 15 lits chacune (sans matelas...) pour les patients souffrant de la tuberculose. Une cuisine a été construite récemment pour pouvoir leur faire à manger, mais faute de moyens, elle n'est pas équipée. Elle n'est donc pas fonctionnelle pour l'instant.

L'hôpital assure :

- les soins, consultations et hospitalisations, pour les Tibétains et les Indiens des villages environnants.
- les vaccinations : BCG, DT polio et rougeole chaque mois pour les enfants, entièrement gratuits, cependant le vaccin contre l'hépatite B reste trop cher pour qu'il puisse être gratuit. Les parents doivent donc assumer 50 % du prix, le reste étant pris en charge par la Christian Children's Foundation (CCF).
- les accouchements, les soins des tuberculeux.
- la prévention, une fois tous les trois mois dans chaque village, afin de sensibiliser les gens à l'hygiène, aux méfaits du tabagisme, de l'alcool, des drogues et des maladies sexuellement transmissibles.

L'hôpital s'arrange pour prendre en charge le maximum du coût des médicaments, des consultations et des frais d'hospitalisation.

L'Hôpital de médecine traditionnelle tibétaine : Men Tsee Khang

Cet hôpital est ouvert depuis 18 ans environ. Il dépend directement de "Tibetan Médical & Astrological Institute" de l'lnstitut Médical de Dharamsala. Dans cet hôpital est pratiquée une médecine à base de plantes, de minéraux et de pierres précieuses. Les remèdes y sont prescrits sous forme de pilules, de décoctions ou de poudres. C'est une médecine entièrement naturelle et sans effets secondaires, qui provient directement des enseignements du Bouddha de la médecine. Les plantes sont récoltées à des périodes bien précises de l'année, au Ladhak et au Zanskar principalement, où sont trouvées aussi la plupart des pierres précieuses et des minéraux. A partir de ces ingrédients, les remèdes sont minutieusement préparés au Tibetan Médical & Astrological Institute de Dharamsala et envoyés ensuite à Dhondenling. Mais les médecins et pharmaciennes préparent aussi des remèdes à partir de certaines plantes, fruits et arbres de la région, comme le célèbre bois de santal par exemple qui fait la réputation de la région de Mysore dans le Karnataka.

Le diagnostic est principalement basé sur l'examen du pouls du malade et sur un entretien avec le patient, au cours duquel le médecin prend en considération son tempérament, ses habitudes et l'environnernent dans lequel il vit. A Dhondenling, beaucoup de villageois souffrent de problèmes gastriques dus à la qualité de l'eau et de l'alimentation (mais peut être aussi dus au nombre de tasses de thé qu'ils boivent chaque jour...), ainsi que de rhumatismes pour beaucoup de personnes âgées. Mais toutes les maladies y sont soignées. La médecine tibétaine agit lentement et demande une certaine discipline de la part du patient, mais elle est particulièrement efficace et sans risque. De plus, elle est très accessible car le prix des consultations et des remèdes se fait en fonction du patient. Pour les personnes de plus de 65 ans, ainsi que pour les familles les plus pauvres, elle est entièrement gratuite, et pour les moines, nonnes, ainsi que les enfants, l'institut prend 50 % en charge.

Future maison de retraite

Une maison de retraite d'une capacité d'accueil de 35 personnes est actuellement en construction, grâce à des fonds provenant du monastère de Dzogchen, désireux de prendre plus activement part à l'amélioration de la qualité de vie des habitants. Le gros-oeuvre est désormais presque terminé, mais il reste encore toute la partie équipement à faire : cuisine, salles de bain, salle à manger, literie, ameublement, décoration, avant qu'elle ne puisse accueillir des personnes âgées. Cet équipement ainsi que le fonctionnement de la maison de retraite (salaires des employés, nourriture, maintenance...) revient à la société coopérative de Dhondenling qui ne peut l'assumer.

Pourtant cette maison de retraite est indispensable. Les 32 personnes âgées sélectionnées pour y résider vivent actuellement dans des conditions de vie et d'hygiène très précaires, pratiquement aucune n'a de famille et toutes dépendent de l'aide des villageois pour la plupart de leurs activités. Les terres agricoles, qui leur ont été attribuées sont exploitées par les villageois contre un loyer, qui est leur seule source de revenus, totalement dérisoire.

Toutes les personnes sélectionnées attendent avec impatience l'ouverture de cette maison de retraite, qui pourra leur offrir un accès quotidien à une bonne alimentation, une bonne hygiène de vie, ainsi qu'un suivi médical régulier.

 

 

 
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Association humanitaire d'Aide au Tibet et aux Peuples de l'Himalaya
Inscrite le 4 avril 1988 au Registre des Associations du Tribunal d'Instance de Strasbourg
sous le volume LV, n° 96 - Organisme d'intérêt général.
Reconnue par le Kashag - Administration du Gouvernement Tibétain en Exil
comme partenaire officiel oeuvrant à la protection de la culture tibétaine.

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